La moitié des clients qui ouvrent un compte-titres chez BoursoBank ont moins de 30 ans. La progression des marchés, de nouveaux produits (ETF) et des évolutions réglementaires poussent les jeunes à investir en actions, explique Benoît Grisoni.
Benoît Grisoni – Directeur général de BoursoBank
Comment les clients des banques réagissent-ils aux incertitudes fiscales et politiques ?
Les Français épargnent beaucoup et nous en profitons comme toutes les banques. La collecte nette, tous produits confondus (comptes courants, livrets, assurance vie…) bondit de 50 %, alors que la base clients progresse de 20 à 25 %. Les solutions de placement sans risques captent 70 % des flux, la Bourse 20 % et l’assurance-vie 10 %.
L’année 2025 s’annonce excellente…
Tous les moteurs de la croissance sont allumés. L’assurance-vie enregistre des performances remarquables, avec une hausse de 19 % du stock de contrats à 1,2 million à la fin du mois de juin. Mais le fait le plus notoire est l’engouement sans précédent pour la Bourse.
Au premier semestre, nous avons ouvert 152.000 comptes titres (PEA, PEA-PME et compte-titres ordinaires), en progression de 52 % par rapport à 2024 qui était déjà sur une rampe ascendante forte. Le courtage aussi s’envole. Nos clients ont passé 6 millions d’ordres en Bourse entre les mois de janvier et juin derniers (+ 40 % en une année).
Avant la crise du Covid et la cotation de La Française des Jeux, nous ne dépassions pas 3 millions d’ordres… sur douze mois !
Comment le monde de l’épargne a-t-il évolué ces dernières années ?
On observe une augmentation significative du nombre de particuliers actifs en Bourse. Ces nouveaux investisseurs sont souvent plus jeunes que les investisseurs traditionnels. La moitié des clients qui ouvrent un compte-titres chez BoursoBank ont moins de 30 ans, contre 20 % dix ans en arrière.
Ils s’informent sur des plateformes et réseaux sociaux et prennent leur avenir financier en main en investissant dans l’économie réelle, persuadés que leur retraite ne sera pas aussi généreuse que celle de leurs aînés. L’attrait pour la Bourse doit aussi beaucoup à la progression des marchés, aux innovations produits (ETF, investissement programmé) et aux évolutions réglementaires (plafonnement des frais du PEA, etc.).
Quelles sont les attentes des nouvelles générations en matière d’investissement et de services bancaires ?
Pour leurs services bancaires et d’épargne, les jeunes recherchent une expérience comparable à celle qu’ils vivent, par ailleurs, pour se divertir, voyager ou se nourrir. Ils veulent des applications simples, ergonomiques, fluides qui permettent d’investir en temps réel dans des placements adaptés à leur budget. Ils expriment aussi un fort besoin de transparence.
Ils souhaitent comprendre dans quoi ils investissent et accordent une importance pleinement justifiée aux frais. Dans ce sens, on peut dire que l’éducation financière progresse et c’est bénéfique pour tout le monde.
Que faudrait-il faire pour que la Bourse gagne encore en popularité ?
Des barrières à l’entrée persistent. Il faudrait être capable de moins jargonner. Et s’adresser davantage aux nouvelles générations dans des formats qui correspondent à leur mode de consommation,
au travers de vidéos courtes notamment. La question du choix des produits d’épargne se pose aussi. La Bourse en direct offre de belles perspectives, mais elle n’est pas adaptée à tous les profils.
J’observe une demande pour des actions fractionnées, mais elle n’est pas très forte. Pour le grand public, les produits avec intermédiaire me semblent plus appropriés.
L’investisseur choisit la zone géographique et le secteur d’activité dans lequel il souhaite investir et la gestion au quotidien (choix des supports, arbitrages) est déléguée à un professionnel.
Les cryptos se développent : que proposez-vous pour investir dans cette classe d’actifs ?
Nous proposons six ETN (Exchange Tradaded Notes) qui répliquent la performance des principales cryptos (bitcoin, ether, XRP, solana… ). Émis par des émetteurs réputés et régulés (BlackRock, Coinbase), ces produits financiers offrent la possibilité à nos clients de diversifier en investissant dans une classe d’actifs devenue incontournable tout en profitant de la sécurité et de la transparence des marchés financiers réglementés. Les ETN s’achètent depuis un compte-titres ordinaire.
L’investisseur n’a pas à gérer de “wallet”, de clés privées ou de plateformes d’échanges ; il est dans un univers qu’il connaît (le PEA et l’assurance vie ne sont pas éligibles). Il profite aussi d’une protection face à l’augmentation des fraudes aux placements. La décision n’a pas été prise pour l’instant de donner un accès direct aux crypto-actifs.
De nouveaux acteurs disruptent le marché de la banque en ligne. Quelles sont vos parades ?
Les gens viennent chez nous parce qu’ils y trouvent un intérêt économique. Nous sommes la banque la moins chère depuis dix-sept ans. Et nous accompagnons les clients dans la durée, car nous offrons tous les produits et services bancaires, de la carte de paiement à l’assurance-vie luxembourgeoise, en passant par le crédit et le Livret A.
Nous sommes une banque globale. À la différence des nouveaux acteurs digitaux positionnés sur une seule verticale, la Bourse ou les moyens de paiement par exemple.
Avec un actionnaire solide, Sociétale générale, 8 millions de clients qui nous confient entre 10.000 et 11.000 euros en moyenne, Bourso-Bank rassure. La confiance est essentielle en banque, et en finance. Elle doit nous permettre d’aller encore plus loin et d’atteindre notre objectif de 300 millions de résultats net en 2026.
Propos recueillis par Christian Fontaine