Alors que le projet de budget 2026 arrive au Sénat, des sénateurs socialistes ont déposé un amendement visant à imposer aux quelque 20 000 foyers fiscaux les plus aisés un prêt obligatoire à l’État, remboursable sans intérêt sur trois à cinq ans.
Ce dispositif, inspiré de l’emprunt Mauroy de 1983, est présenté comme une “contribution exceptionnelle”, capable de lever 5 à 6 milliards d’euros pour pallier le déficit public sans alourdir durablement la fiscalité.
Mais derrière l’habillage rhétorique, c’est un impôt indirect et coercitif.
En forçant un segment microscopique de la population à financer l’État, on ébranle un principe fondamental : la liberté de disposer de ses avoirs.
L’argument de “patriotisme fiscal” sonne creux quand il s’accompagne d’une obligation. D’autant que, selon le ministre de l’Économie Roland Lescure, la France n’a aucun problème à se financer sur les marchés.
Le recours à un tel emprunt serait donc non justifié, et politiquement malvenu.
Pire : ce type de mesure risque d’envoyer un signal négatif aux investisseurs et aux contribuables fortunés, et d’encourager l’évasion fiscale ou la fuite des capitaux. Ce qui pourrait finalement réduire les recettes de l’État.
Face à un déficit structurel, l’urgence ne devrait pas être de contraindre une élite financière, mais de repenser en profondeur les dépenses publiques et d’élargir l’effort fiscal, de façon équitable et transparente, à tous les revenus élevés, sans recourir à des mécanismes coercitifs.
En somme, ”l’emprunt forcé” n’est ni un levier pérenne ni un symbole d’équité : c’est avant tout le signe d’un désarroi budgétaire et d’un renoncement politique à une réforme fiscale ambitieuse et juste.