Huit grandes escroqueries à la loupe

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Panorama de quelques-unes des arnaques de masse qui ont marqué l’histoire récente. Dans les coulisses, on retrouve presque toujours la redoutable pyramide de Ponzi.

Par Éléonore Prigent
Publié le 15/09/2025 à 11h30 | mis à jour le 15/09/2025 à 11h32

Huit grandes escroqueries à la loupe
(©AdobeStock)

Même si ces dernières années les arnaques semblent se concentrer sur les transactions en ligne et les cryptos, la Toile ne détient pas le monopole de la fraude. Les margoulins « à l’ancienne » continuent de sévir, comme en témoignent ces histoires, relayées dans la presse locale, des Madoff du « Maine-et-Loire », « breton » ou « toulousain », volatilisés avec les économies de leurs clients.

Aucun produit d’investissement n’échappe à l’imagination fertile et à l’appétit féroce de ces nouveaux détrousseurs, à tel point que l’on parle désormais de « supermarché de l’arnaque ». Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets : Forex, cryptos, livrets bancaires, assurance vie, diamants, or, terres rares, vin, bétail… sans oublier l’investissement immobilier (parkings, chambres en Ehpad, résidences de tourisme…). Flash-back sur quelques affaires emblématiques de ces vingt-cinq dernières années.


Apollonia

Immobilier défiscalisé (1998-2008)

  • Victimes : environ 1.000 investisseurs
  • Préjudice estimé : 1 milliard d’euros

La société de promotion aixoise, Apollonia, a vendu de l’immobilier locatif (résidences de tourisme et étudiantes) en défiscalisation, en montant des dossiers bancaires frauduleux. Au lieu d’un complément de retraite via un investissement qui devait s’autofinancer avec les loyers et les avantages fiscaux, les épargnants ruinés se sont retrouvés piégés, à la fois surendettés, propriétaires de biens inlouables et sans possibilité ni de rembourser ni de revendre sans perte.


Aristophil

Documents précieux (2003-2014)

  • Victimes : 35.000 investisseurs
  • Préjudice estimé : environ 1,2 milliard d’euros

La société vendait – à prix surévalué – des lettres et des manuscrits anciens, en pleine propriété ou en indivision, avec l’illusion d’une revente garantie et de rendements annuels de 8 %. Derrière cette façade culturelle se cachait en réalité un banal système pyramidal à la Ponzi.


Groupe Maranatha

Hôtels de luxe (2010-2017)

  • Victimes : environ 6.000 investisseurs
  • Préjudice estimé : environ 300 millions d’euros

Le cinquième groupe hôtelier français décide au début des années 2010 de financer son développement en faisant appel à l’épargne. Il propose aux particuliers d’investir dans l’hôtellerie à travers ses fonds Finotel 1, 2 et 3, en invoquant des risques minimes et un potentiel de rentabilité annuelle de 7 %. Le modèle assimilé à un Ponzi, s’est effondré sous l’affluence des demandes de sortie d’investisseurs inquiets, entre 2015 et 2016. En 2017, le groupe a été placé en redressement judiciaire.


OmegaPro

Site de trading (2019-2023)

  • Victimes : plus de 2.000 investisseurs en France
  • Préjudice estimé : il pourrait atteindre 4 milliards d’euros dans le monde

OmegaPro promettait d’énormes gains via des robots de trading sur le Forex et les cryptos. En réalité, il s’agissait d’un Ponzi mondial, déguisé sous des apparences très professionnelles et une stratégie de recrutement en cascade. La plateforme a bloqué les retraits en novembre 2022 et a définitivement fermé en juillet 2023.


Émeraude Friends

“Madoff breton” (2008–2025)

  • Victimes : plus de 500 investisseurs
  • Préjudice estimé : 106 millions d’euros

Installé à Saint-Briac-sur-Mer (Ille-et-Vilaine), Pascal N., un conseiller en placements financiers jovial et persuasif, promettait aux épargnants des taux d’intérêt allant jusqu’à 27 %. Pendant des années, le système à la Ponzi a fonctionné… jusqu’à l’effondrement brutal de la pyramide en mars dernier. Le Parquet national financier a depuis ouvert une enquête.


Carton rouge

Diamants et cryptos (2016-2018)

  • Victimes : 1.300 personnes
  • Préjudice estimé : 28 millions d’euros

Les escrocs vendaient des diamants et des crypto-actifs fictifs à des particuliers. Ils ont aussi mystifié plusieurs clubs de football professionnels en se faisant passer pour des agents de joueurs. Le procès de l’affaire, impliquant vingt-deux prévenus, s’est tenu à Nancy, du 21 octobre au 15 novembre 2024. Le jugement prononcé le 31 mars 2025 a infligé des peines allant jusqu’à huit ans d’emprisonnement.


Juicy Fields

Cannabis thérapeutique (2020-2022)

  • Victimes : plus de 500.000 investisseurs dans le monde, dont des milliers en France
  • Préjudice estimé : plus de 650 millions d’euros

La plateforme promettait aux particuliers de financer des plants de cannabis médical à partir de 50 euros, avec des rendements mirobolants. Les investisseurs n’ont jamais vu la couleur des cultures promises et en 2022 tout s’est effondré.


OneCoin

Fausse cryptomonnaie (2014-2017)

  • Victimes : 3 millions, dont plusieurs milliers en France
  • Préjudice estimé : 4 milliards de dollars dans le monde

Cette prétendue cryptomonnaie, supposée concurrencer le bitcoin, n’était adossée à aucune blockchain. Onecoin reposait entièrement sur un schéma de Ponzi à grande échelle promu via les réseaux de vente pyramidale. Sa fondatrice, surnommée “la reine de la crypto” (cryptoqueen), une femme d’affaires bulgare, est toujours en cavale. Le FBI offre une prime de 5 millions de dollars à qui l’arrêtera !


La pyramide de Ponzi

Du nom de Charles Ponzi, concepteur de l’une des premières et plus célèbres escroqueries financières modernes. Il promettait, à la fin des années 1910, des rendements de 50 %, en quarante-cinq jours. En 1920, le pot aux roses est découvert faisant des dizaines de milliers de victimes pour une ardoise estimée à 200 millions d’euros actuels. En fait, il utilisait l’argent des nouveaux investisseurs pour rémunérer les anciens. Depuis, la “pyramide de Ponzi” désigne ce mécanisme machiavélique qui, le jour où trop d’épargnants veulent récupérer leur capital simultanément, s’écroule tel un château de cartes. La tristement célèbre affaire Madoff (65 milliards de dollars de préjudice), en a offert la plus spectaculaire illustration, durant la crise des subprimes.

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