La France se hisse à nouveau au sommet des pays exportateurs d’électricité en Europe. En 2025, l’Hexagone a enregistré un solde exportateur net de 92,3 térawattheures (TWh), dépassant de 3,5% le précédent record de 89 TWh établi en 2024. Pour mieux visualiser ce volume, il représente plus que la consommation annuelle totale de la Belgique. Un exploit qui interroge : les consommateurs français en tirent-ils profit ?
Cette abondance d’électricité s’explique par la convergence de deux facteurs. La production nucléaire a retrouvé son plus haut niveau depuis six ans, tandis que les énergies renouvelables (solaire et éolien) ont atteint des niveaux record. Cette offre massive contraste avec une consommation intérieure modérée, créant un surplus vendu aux pays voisins.
L’Italie, l’Allemagne-Belgique et le Royaume-Uni figurent parmi les principaux clients de l’électricité française. Avec la Suisse, les échanges atteignent 20,1 TWh exportés, tandis qu’avec l’Espagne, le solde reste quasi équilibré (+0,2 TWh).
Un jackpot pour la balance commerciale française
Les retombées économiques se chiffrent en milliards d’euros. Après avoir rapporté 5 milliards d’euros en 2024, le seul troisième trimestre 2025 a généré 1,2 milliard d’euros de recettes nettes. Thomas Veyrenc, directeur général économie de RTE, balaie les critiques : « La production française n’a pas été bradée en 2025 ». Le différentiel de prix avec les voisins européens s’est creusé en faveur de l’Hexagone, générant davantage de revenus qu’anticipé.
Des factures qui ont baissé pour les ménages
Contrairement à une idée reçue, les consommateurs français n’ont pas été pénalisés par ces exportations massives. En février 2025, les tarifs réglementés de l’électricité ont connu une baisse moyenne de 15%. Le prix moyen du kilowattheure pour les clients au Tarif Bleu est passé de 0,256 € à 0,202 € TTC, entraînant une économie annuelle moyenne de 372 € pour les ménages.
Cette baisse s’explique justement par l’abondance de production nationale. La France ne dépend plus des importations coûteuses comme lors de l’année noire 2022, où elle était devenue importatrice nette pour la première fois en 42 ans.
Les limites du modèle interconnecté
Le tableau n’est pas totalement idyllique. Le marché européen de l’électricité étant interconnecté, les prix français peuvent être tirés vers le haut lorsque les voisins connaissent des tensions. L’été dernier, un bug informatique ayant entraîné un découplage entre la France et l’Allemagne a fait plonger les tarifs hexagonaux à moins de 3 euros le MWh, tandis qu’ils atteignaient 492 euros outre-Rhin.
La surproduction génère par ailleurs des épisodes de prix négatifs sur le marché de gros. En 2024, ces situations où les producteurs doivent payer pour injecter leur électricité sur le réseau ont représenté environ 30 millions d’euros de charges pour l’État. Un paradoxe qui illustre le défi de l’ajustement entre offre et demande.