La France doit trouver entre 100 et 120 milliards d’euros pour stabiliser sa dette publique. Ce montant colossal représente un effort annuel de 3000 à 4000 euros par ménage. Le think tank Terra Nova a publié un rapport sans concession qui balaye les solutions conventionnelles et pointe deux leviers majeurs : taxer l’épargne des retraités et augmenter la TVA.
Un déficit qui dérape de 100 milliards
Le dérapage des comptes publics trouverait son origine dans les décisions du gouvernement Macron. Entre 2017 et 2024, les allègements fiscaux nets et récurrents atteignent 65 milliards d’euros par an.
Suppression de la taxe d’habitation, baisse de l’impôt sur les sociétés, fin de l’ISF : ces mesures pèsent lourdement sur les recettes publiques. À cela s’ajoutent quelques hausses de dépenses discrétionnaires, comme le Ségur de la santé pour 11 milliards d’euros, et le vieillissement démographique.
Résultat : le déficit public bondit de 2,3% du PIB en 2018 à 5,8% en 2024. La dette française paie maintenant le même prix que la dette italienne sur les marchés. Elle coûte même plus cher que celle de l’Espagne, du Portugal ou de la Grèce. Les grandes multinationales françaises comme L’Oréal ou LVMH empruntent désormais à des taux inférieurs à ceux de l’État.
Les fausses bonnes idées
Le rapport écrit par Guillaume Hannezo (professeur associé à l’Ecole normale supérieure et ancien conseiller économique de François Mitterrand) critique les solutions brandies par les partis politiques.
Réduire le train de vie de l’État ? Même avec des plans sociaux massifs, cela rapporterait moins de 5% des 120 milliards recherchés.
Faire payer les entreprises et revenir sur la politique de l’offre ? 10 à 15% de l’effort tout au plus, car les entreprises françaises réalisent moins de profits que les masses à trouver.
Travailler plus ne dégagerait que 5 à 10% du programme. Quant à faire payer les plus riches, même en se plaçant aux limites du constitutionnellement autorisé, cela ne couvrirait que 10 à 15% de l’effort. Ces mesures peuvent accompagner le récit politique, mais ne sont pas à la hauteur du problème.
TVA et retraites : les deux piliers du redressement
Le rapport identifie deux orientations capables de constituer les deux tiers de l’effort nécessaire.
La première cible l’épargne des retraités. La France s’endette de 2 à 3 points de PIB de plus qu’ailleurs pour offrir aux retraités des revenus plus élevés. Ces derniers, ayant moins de besoins que les actifs, épargnent ces sur-retraites jusqu’à les transmettre en héritage. Une boucle absurde : la France endette tout le pays pour accroître l’héritage dans les classes supérieures.
La seconde mesure consiste à augmenter un impôt à base large et taux modéré : la TVA ou la CSG. La TVA française reste sensiblement plus basse qu’ailleurs en Europe. Cette hausse toucherait l’ensemble de la population, mais présenterait l’avantage de limiter l’impact récessif en ciblant d’abord les revenus épargnés plutôt que la consommation.
Le rapport rappelle que l’Espagne a relevé sa TVA de 5 points lors de son redressement budgétaire dans les années 2010. Le Portugal et l’Italie ont également atteint l’excédent primaire, condition pour stabiliser le ratio d’endettement. La France n’a plus connu d’ajustement de cette ampleur depuis le plan de rigueur du général de Gaulle entre 1958 et 1962.