L’année qui s’ouvre devrait redistribuer les cartes. Si 2025 a été marquée par une stabilisation monétaire, 2026 laisserait entrevoir les effets concrets de la baisse des taux directeurs sur l’économie réelle. L’argent coûte moins cher, ce qui redonnerait de l’oxygène aux entreprises endettées et relancerait potentiellement les projets d’investissement (Capex). Mais l’euphorie n’est pas de mise. La croissance mondiale reste fragile, tiraillée entre le ralentissement asiatique et la résilience américaine.
Dans cet environnement, la gestion passive pourrait ne plus suffire. L’heure semblerait venue pour un « stock-picking » chirurgical. Les investisseurs devraient privilégier les bilans solides et les sociétés disposant d’un véritable « pricing power ».
Deux thématiques majeures devraient dicter la tendance : la capacité à générer du cash-flow rapidement et l’agilité face aux ruptures technologiques. Les dossiers de restructuration, longtemps boudés, offriraient peut-être des points d’entrée séduisants pour les audacieux.
Les dossiers industriels et technologiques au rapport
Air France-KLM : L’heure du décollage financier ?
Le groupe franco-néerlandais a consacré 2025 à l’assainissement de ses comptes. La direction a maintenu le cap de la rigueur, profitant d’un prix du kérosène relativement stable pour tenter de reconstituer ses fonds propres. L’année écoulée a aussi validé la stratégie de montée en gamme, avec une amélioration notable du revenu par siège. Le transporteur semble avoir reconquis une partie de la clientèle affaires, le segment le plus contributif à la marge, malgré une concurrence féroce sur l’Atlantique Nord.
Pourquoi suivre le dossier en 2026 ? Parce que la décote demeure massive par rapport à ses pairs européens. Si la dette nette repassait durablement sous les seuils d’alerte, le marché pourrait être tenté de revaloriser le titre. L’autre catalyseur potentiel résiderait dans la consolidation du ciel européen. Air France-KLM, désormais plus agile, pourrait jouer un rôle dans les fusions-acquisitions. Un retour au dividende, bien que lointain, ne serait plus totalement exclu.
Alstom : La fin du tunnel ?
L’année 2025 aura sans doute été celle de la digestion. Le géant ferroviaire a finalisé l’intégration complexe de son carnet de commandes, purgeant les contrats hérités de Bombardier mal margés. La génération de trésorerie, talon d’Achille historique, a montré des signes encourageants au second semestre. Le management semble avoir tenu ses promesses de livraisons, rassurant une communauté financière échaudée par les « profit warnings » du passé.
2026 devrait marquer le retour vers une rentabilité normative. Avec un carnet de commandes garni et une demande mondiale de mobilité verte soutenue, Alstom joue une partition décisive. Les investisseurs guetteront la marge d’exploitation ajustée : tout écart positif serait probablement salué. Le groupe pourrait aussi bénéficier des plans de relance ferroviaire aux États-Unis et en Europe. Cela reste un pari sur l’exécution industrielle.
ArcelorMittal : L’acier vert à l’épreuve
Le sidérurgiste a navigué à vue en 2025, malmené par la faiblesse de la demande chinoise et la stagnation de la construction en Europe. Toutefois, le groupe a protégé sa rentabilité grâce à une gestion des coûts drastique et une présence forte en Inde et au Brésil. Le titre a fluctué, suivant fidèlement les indices PMI manufacturiers mondiaux, sans parvenir à s’extraire totalement de sa cyclicité.
L’année 2026 pourrait s’avérer être un point d’inflexion stratégique. Les investissements colossaux dans la décarbonation (acier vert) commenceraient à porter leurs fruits industriels. Si l’économie européenne redémarre, ArcelorMittal profiterait d’un effet de levier opérationnel puissant. Le groupe semble l’un des mieux armés pour imposer ses prix sur l’acier bas carbone, devenu indispensable aux constructeurs automobiles. Une reprise cyclique potentielle, dopée par l’enjeu climatique.
Services et Satellites : des pépites à redécouvrir
Publicis : L’intelligence artificielle payante
Le champion de la communication a survolé 2025. Sa stratégie, axée sur la data et la transformation numérique, lui aurait permis de distancer ses rivaux anglo-saxons. La croissance organique a surpris par sa vigueur, portée par la filiale Epsilon et Sapient. Le marché a semblé saluer la capacité du groupe à intégrer l’IA générative non plus comme un gadget, mais comme un outil de productivité réel pour ses clients.
Pourquoi suivre le dossier en 2026 ? Parce que Publicis dépasse le statut de simple agence de pub pour se rapprocher de celui de « tech ». La valorisation ne reflèterait pas encore totalement cette mutation. Le groupe dispose d’un bilan solide qui lui permettrait de continuer ses rachats ciblés ou de soigner ses actionnaires. Le titre conserve ses atouts de valeur de fond de portefeuille, alliant potentiellement croissance et rendement.
Veolia : Le maître de la ressource
En 2025, Veolia a capitalisé sur l’urgence climatique. Les épisodes de sécheresse et les normes environnementales durcies ont gonflé le carnet de commandes des divisions Eau et Déchets. L’intégration des actifs de Suez appartiendrait désormais au passé : les synergies tourneraient à plein régime. Le groupe a délivré une croissance régulière, confirmant son statut de valeur défensive.
L’exercice 2026 pourrait voir Veolia accélérer sur les technologies de dépollution (PFAS) et le dessalement bas carbone. Ce serait un « must-have » dans une allocation ESG. Le marché surveillera toutefois la capacité du groupe à répercuter l’inflation de ses coûts sur ses tarifs municipaux. Si le « pricing power » se maintient, le titre pourrait viser de nouveaux sommets, porté par la quête de visibilité à long terme.
Sodexo : L’après-scission confirmé
Libéré de sa branche Pluxee, Sodexo s’est recentré en 2025 sur son cœur de métier : la restauration collective et le Facility Management. L’année semble avoir validé ce choix. La croissance interne est restée robuste, notamment en Amérique du Nord. Le groupe a su adapter ses offres au télétravail hybride, transformant une menace en opportunité de montée en gamme des cantines d’entreprise.
2026 devrait être l’année de la confirmation. Avec une structure allégée, il reste à Sodexo à prouver qu’il peut faire croître ses marges durablement. L’attention se porterait sur les acquisitions ciblées pour renforcer sa présence dans les services aux hôpitaux et aux campus universitaires. Un dossier de « Recovery » qui offrirait un profil risque/rendement intéressant pour jouer la reprise des services.
Eutelsat : La bataille du ciel
L’opérateur satellitaire a vécu une année 2025 intense, marquée par la montée en puissance de sa constellation OneWeb. Le chiffre d’affaires a commencé à refléter la bascule vers la connectivité, tentant de compenser l’érosion lente des revenus « Vidéo ». Le marché est resté prudent, attendant de voir si les lourds investissements (Capex) allaient enfin se traduire par une génération de cash positive.
Pourquoi y croire en 2026 ? La demande de connectivité globale (avions, navires, zones blanches) est en forte hausse. Eutelsat reste l’un des rares acteurs européens capables de rivaliser avec les géants américains. Si la commercialisation de OneWeb accélère comme prévu, l’effet de levier sur le cours de bourse pourrait être significatif. Le dossier conserve toutefois un caractère spéculatif marqué.
Une année de vérité
Encore moins que de coutume, 2026 ne pas pardonnera pas l’approximation. La tendance de fond semble être celle d’un retour aux fondamentaux : le marché devrait récompenser la croissance des bénéfices et la solidité du bilan, et sanctionner les promesses non tenues.