Le shutdown gouvernemental américain, entré en vigueur le 1er octobre 2025 à minuit après l’échec des négociations budgétaires au Congrès, les Républicains ne disposant pas des 60 voix nécessaires au Sénat pour faire adopter le budget. Le principal point de discorde avec les Démocrates porte sur le rétablissement de l’Obamacare.
Cette paralysie d’une partie de l’administration fédérale est la première depuis près de sept ans et Donald Trump a évoqué des effets « irréversibles ».
Mais qu’en est-il réellement ? Le phénomène est impressionnant par son ampleur, avec 750 000 fonctionnaires au chômage (voire 900 000) et de nombreux services publics à l’arrêt, mais quid de l’impact réel sur l’économie et les marchés ?
Il y a plusieurs mécanismes susceptibles d’avoir une conséquence sur les marchés financiers :
- Opacité et retard dans les données économiques
De nombreux indicateurs macroéconomiques (chômage, inflation, ventes au détail, production industrielle) sont produits par des agences fédérales dont l’activité peut être perturbée ou suspendue. Cela rend la lecture de la conjoncture plus difficile pour les investisseurs et complique le travail de la Fed. Par exemple, la publication des chiffres du chômage pourrait risque d’être retardée.
- Risque réglementaire accru / paralysie des agences de supervision
Les organismes comme la SEC ou la CFTC pourraient être réduits à des effectifs minimaux, ralentissant les autorisations, les contrôles, les publications de rapports, voire l’admission de nouvelles IPO (introductions en bourse).
- Baisse de la consommation des fonctionnaires / retards de paiement
Le pouvoir d’achat des ménages dépendant des salaires publics diminue temporairement, ce qui pèse sur la demande intérieure. Certains paiements aux fournisseurs publics sont également retardés.
- Refuge vers les actifs perçus comme sûrs
L’incertitude politique pousse les investisseurs vers les obligations souveraines jugées de moindre risque, l’or ou certaines devises refuges. Cela peut exercer une pression baissière sur les actions.
- Volatilité accrue / prime de risque politique
Les investisseurs exigent une “prime” supplémentaire pour supporter le risque politique américain, ce qui peut se traduire par des corrections plus abruptes sur les marchés d’actions.
Impacts plus spécifiques sur la bourse américaine :
• Baisse des marchés actions : les contrats à terme sur le S&P 500 et le Nasdaq ont déjà reculé de l’ordre de 0,6 % après le début du shutdown.
• Rotation sectorielle : les valeurs défensives (santé, alimentation, services publics) tendent à surperformer, tandis que les secteurs sensibles à l’économie (technologie, consommation discrétionnaire) peuvent être plus attaqués.
• Hausse de la volatilité : les incertitudes politiques et les trous dans les données macro favorisent des mouvements erratiques, plus que dans un contexte “normal”.
Que faut-il retenir ?
L’impact sur les marchés est plus théorique qu’autre chose. Dans les faits, ses conséquences sont en général limitées et temporaires, d’aucuns diront quasi inexistantes. Plusieurs analystes (dont Goldman Sachs et Nationwide) parlent d’une perte de 0,2 point de PIB par semaine. Le précédent shutdown aurait couté 3 milliards de dollars à l’économie US.
Historiquement, les shutdowns de courte durée n’ont pas déclenché de krach durable : les marchés “oublient” parfois ces phases politiques après leur résolution. Depuis les années 1980, le S&P 500 n’a pas souffert des shutdown : il a même gagné de plus de 10% lors du shutdown de 2018.
Une grande partie des pertes économiques est souvent “reportée” : les fonctionnaires reçoivent les salaires arriérés, ce qui stimule la consommation après la réouverture.
Enfin, la Fed pourrait ajuster sa politique monétaire (réductions de taux) pour compenser le ralentissement induit — ce qui pourrait être un point de soutien aux marchés, notamment européens.