Alors que les géants technologiques rivalisent de contrats mirifiques pour bâtir l’infrastructure de l’intelligence artificielle, l’une des figures historiques du secteur reste aux portes du bal.
OpenAI, connu pour ses investissements massifs dans le cloud et les puces, vient de promettre 38 milliards de dollars à Amazon Web Services, étoffant un portefeuille d’accords de plusieurs centaines de milliards de dollars avec Oracle, Microsoft et AMD. Bref, tous les leaders du marché y trouvent leur compte — sauf Intel, boudé malgré l’investissement récent de l’État américain dans son capital.
Les cicatrices d’un refus ancien
Hier encore, Intel dominait le monde des semi-conducteurs ; aujourd’hui, Nvidia règne sans partage sur l’univers de l’IA, tandis qu’Intel regarde le boom de l’IA de loin.
Il n’en a pas toujours été ainsi. En 2017, alors que le secteur de l’IA ne faisait que balbutier, OpenAI sollicite un investissement d’Intel : refus poli. À l’époque, Intel, fort de sa position dominante, ne pressent pas le raz de marée à venir. Résultat, aujourd’hui, Nvidia pèse 4 500 milliards de dollars, quand Intel n’en affiche qu’une fraction.
Puces, politique et avenir incertain
Intel, désormais soutenu par l’administration Trump qui détient 10 % de son capital, espère profiter de la nouvelle politique industrielle et du protectionnisme affirmé de Washington pour inverser la tendance. Mais les centres de données exigent aujourd’hui des solutions logicielles et matérielles parfaitement intégrées. Or, Nvidia, avec sa plateforme CUDA, et AMD tiennent solidement les rênes, tandis qu’Intel peine à exister dans l’arène de l’IA.
Le gouvernement américain possède désormais une part significative d’Intel et multiplie les mesures pour rapatrier la fabrication des puces. OpenAI réclame, de son côté, de nouveaux crédits d’impôt et subventions fédérales pour soutenir sa croissance face à la concurrence chinoise. Sur le papier, l’alliance entre Intel et Nvidia semble logique. Dans les faits, la technologie prime : l’IA cherche la meilleure puce, pas celle dictée par la politique.
Tant que les centres de calcul réclameront le nec plus ultra et que la dynamique de l’écosystème logiciel jouera en faveur de Nvidia et AMD, Intel devra ronger son frein. Pour l’heure, la « belle américaine » de la tech regarde, impuissante, le train de l’intelligence artificielle filer sans elle.