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Bourse – Le palais Brongniart à la dérive en 2026 ?

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Portés par la Tech et le dynamisme de l’Europe du Sud, les marchés entament 2026 sur des sommets. Les valorisations élevées et la bulle sur l’intelligence artificielle exigent désormais une sélection rigoureuse, combinant visibilité, solidité financière et prix encore attractifs. Le luxe, la défense et les titres à rendement ont une carte à jouer.

Par Olivier Dauzat et Bruno Kus
Publié le 02/01/2026 à 09h42 | mis à jour le 05/01/2026 à 09h01
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L’instauration des droits de douane aux États-Unis n’a finalement pas empêché les indices boursiers de bien se comporter en 2025. En particulier à Wall Street, où les valeurs technologiques ont poursuivi le rebond initié en 2024, grâce à des publications de bénéfices solides et à de nombreuses annonces autour de l’intelligence artificielle.

Pour autant, les places de la zone euro ne sont pas en reste. Si la Bourse de Paris a été freinée par une situation politique fragile en France et par la baisse de régime des groupes de luxe, l’Espagne et l’Italie se distinguent avec des indices en hausse de 30 à 40 %, portés notamment par la bonne santé des valeurs du secteur bancaire.

Alors que les niveaux de valorisation deviennent élevés, la sélectivité s’impose pour 2026, où il s’agira de privilégier les secteurs à forte visibilité et les dossiers encore bon marché.


Difficile de faire l’impasse sur les valeurs technologiques américaines tant que les résultats sont au rendez-vous. Les géants de la Tech ont toutefois engagé des investissements colossaux dans l’intelligence artificielle, dont la monétisation reste incertaine et qui modifient leur modèle économique en le rendant plus capitalistique.

Mieux vaut donc diversifier en investissant sur un ETF exposé aux principales valeurs du secteur et si possible avec une couverture contre les risques de change, la baisse du dollar face à l’euro pouvant raboter une bonne partie de la performance. C’est le cas du produit Amundi Nasdaq-100 Hedged qui offre l’avantage d’être éligible au PEA.

En Europe, la thématique de l’IA peut être abordée indirectement avec des groupes présents dans la digitalisation, les logiciels ou la construction de data centers. Après plusieurs trimestres de stagnation de son activité, Capgemini a renoué avec une croissance plus robuste au troisième trimestre (+ 2,9 %), grâce au déploiement de l’IA générative dans l’ensemble du portefeuille de solutions proposées par ce spécialiste de la transition digitale des entreprises.

Très présent aux États-Unis (28 % du chiffre d’affaires), le groupe a même relevé, en octobre, sa prévision de croissance organique pour l’ensemble de l’année dans une fourchette comprise entre 2 et 2,5 % (contre – 1 à + 1 % précédemment). En Bourse, l’action ne vaut que 10,6 fois les profits estimés pour 2026 et devrait combler une partie de son retard par rapport au géant Accenture, dont le multiple se situe autour de 17 fois.

Avec plus de 20 % de son chiffre d’affaires réalisé dans les centres de données (data centers), Schneider Electric devrait aussi bénéficier des centaines de milliards de dollars d’investissements prévus dans ce domaine par les géants de la Tech.

La croissance organique de son chiffre d’affaires est restée soutenue au troisième trimestre (+ 9 %) permettant de confirmer les objectifs annuels visant une progression de l’excédent brut d’exploitation comprise entre 10 et 15 %. Le spécialiste de l’efficacité énergétique peut aussi compter sur une reprise progressive de son activité Automatismes sur le marché des industries manufacturières.

Son profil technologique s’est renforcé ces dernières années, avec l’acquisition d’activités logicielles désormais intégrées dans l’offre du groupe et qui représentent 18 % du chiffre d’affaires. Après sa consolidation par rapport au record historique de 273 euros atteint en janvier 2025, l’action est revenue sur des niveaux de valorisation plus raisonnables, de l’ordre de 16 fois les bénéfices estimés pour 2026.


L’euphorie de l’après-covid a créé un effet de base très difficile à supporter pour les groupes de luxe, confrontés à une normalisation de la demande et à des marchés beaucoup plus capricieux aux États-Unis et en Chine. l’augmentation des prix des articles de luxe et l’érosion du pouvoir d’achat ont fait disparaître une partie de la clientèle aspirationnelle.

Mais depuis quelques mois les clignotants semblent repasser progressivement au vert, surtout sur les segments les plus élevés du luxe. En témoigne la progression de 14 % des ventes du géant suisse Richemont (propriétaire des marques Cartier, Van Cleef & Arpels, Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin…) au deuxième trimestre de son exercice 2025-2026. La dynamique est particulièrement soutenue dans le segment de la joaillerie et légèrement moins dans les montres. Elle a surtout accéléré aux États-Unis et en Chine où la croissance passe à deux chiffres.

L’abaissement des droits de douane entre la Suisse et les États-Unis, de 39 à 15 %, représente un catalyseur supplémentaire pour le groupe contrôlé par Johann Rupert, dont la force de frappe financière reste par ailleurs importante avec une trésorerie de plus de 6 milliards de francs suisses.

Également positionné sur l’ultra-luxe, Hermès a mieux résisté que la plupart de ses concurrents à la consolidation du marché. Sa croissance a retrouvé un rythme à deux chiffres au troisième trimestre, portée par l’activité maroquinerie et une bonne dynamique aux États-Unis et au Japon.

Avec un modèle artisanal entretenant la rareté, le groupe s’adresse à une clientèle peu sensible à la conjoncture économique et peine à satisfaire la demande, malgré l’ouverture régulière de nouvelles maroquineries.

Le modèle économique est très rentable (marge opérationnelle supérieure à 40 %) et apporte beaucoup de cash venant alimenter une trésorerie nette de plus de 10 milliards d’euros. Autant d’atouts qui justifient une valorisation élevée.

Beaucoup plus diversifié et freiné par les difficultés de son pôle spiritueux, LVMH a relativement bien résisté au trou d’air du secteur du luxe. Le groupe de Bernard Arnault a renoué avec une croissance organique positive de 1 % de ses ventes au troisième trimestre malgré la faiblesse de sa division Mode et Maroquinerie liée à une base de comparaison défavorable sur les achats touristiques au Japon.

LVMH a su préserver un bon niveau de rentabilité et un cash-flow solide, de sorte que la dette au bilan ne représente plus que 15 % des fonds propres. De quoi envisager d’éventuelles acquisitions sur un secteur convalescent. Le groupe est notamment sur les rangs pour reprendre Armani, mais il trouvera sur sa route des concurrents comme L’Oréal et EssilorLuxottica.


Même si la guerre en Ukraine devait s’arrêter, les tensions entre la Russie et l’Otan tresteraient vives. Les pays européens se sont engagés dans une hausse historique de leurs budgets militaires pouvant aller jusqu’à 5 % de leur PIB. Les industriels de la défense sont les grands gagnants de ce « super-cycle » de l’armement, engrangeant les commandes.

En Bourse, les valeurs du secteur ont connu des parcours explosifs depuis le début du conflit ukrainien, en février 2022. Elles sont devenues plus chères et cèdent logiquement à des prises de bénéfices depuis quelques mois. Mais le secteur restera incontournable en 2026.

Dans ce contexte, il nous paraît opportun de se renforcer sur Thales qui perd 19 % depuis son sommet historique à 279,30 euros du 2 octobre dernier. Le groupe d’électronique civile et militaire est bien parti pour réaliser un nouvel exercice record cette année, avec un chiffre d’affaires et des prises de commandes progressant au même rythme sur les neuf premiers mois de l’année (+ 9 % pour chaque indicateur à données comparables).

Quant à la rentabilité, les dirigeants visent, en 2025, une marge opérationnelle ajustée entre 12,2 et 12,4 %, contre 11,8 % en 2024. Selon les analystes, le ratio cours sur bénéfice net de Thalès passerait de 26 fois pour 2025 à 22 fois pour 2026.

Autre valeur du secteur très en vue cette année : Exail Technologies. Le spécialiste des drones et systèmes critiques table pour l’exercice sur une hausse de ses revenus comprise entre 20 et 25 %, assortie d’une progression de son Ebitda plus élevée encore.

Les prises de commandes ont augmenté de 130 % sur les neuf premiers mois de 2025, grâce aux contrats remportés en robotique maritime dans le cadre de programmes antimines. L’émission d’obligations convertibles pour refinancer la dette en septembre a pesé sur le cours, qui cède 30 % en trois mois.

C’est l’occasion de se placer sur le dossier. Si la valorisation d’Exail Technologies représente 3 fois le chiffre d’affaires attendu cette année, l’industriel opère sur l’un des segments les plus porteurs de la défense, où les acteurs sont peu nombreux.

Parmi les valeurs étrangères, nous apprécions l’italien Leonardo. Le groupe présent dans un grand nombre de domaines (aéronautique, systèmes de défense, électronique…) confirme sa belle trajectoire de croissance. Sur les neuf premiers mois de l’année, son chiffre d’affaires a grimpé de 11,3 % avec des commandes augmentant deux fois plus vite (+ 23,4 %). Le flux de trésorerie disponible devrait progresser d’au moins 11 % en 2025.

La politique de partenariats de Leonardo (avec Rheinmetall dans les véhicules de combat, avec Airbus et Thales dans les satellites) nous paraît judicieuse, et à 27 fois le résultat net attendu cette année, sa valorisation demeure raisonnable dans le secteur.


Le rendement moyen des sociétés du SBF 120 attendu l’an prochain ressort à 3 %, soit un niveau stable depuis plusieurs années, mais cette moyenne masque des écarts importants, et bon nombre d’entreprises cotées se distinguent par une politique active de rémunération des actionnaires, grâce à des flux de trésorerie élevés et récurrents.

Les dividendes représentent une contribution significative de la performance des actions à long terme. Ils présentent l’avantage d’être moins volatils que les bénéfices, car même lorsqu’elles traversent des difficultés, les sociétés rechignent à sacrifier leur distribution.

Lorsqu’ils sont réinvestis en actions, les dividendes permettent de bénéficier de « l’effet boule de neige » des intérêts composés, et d’augmenter le « retour » global d’un investissement.

Au sein du CAC 40, le dividende de TotalEnergies a progressé d’environ 7 % par an depuis 2023, faisant ressortir aujourd’hui un rendement de 6 %. La tendance devrait rester positive. Le groupe pétrolier a indiqué qu’il continuera de donner la priorité à la progression du coupon, alors qu’il va restreindre ses investissements pour tenir compte de la baisse des prix du baril. L’acquisition d’un portefeuille d’actifs de production d’électricité auprès du holding tchèque EPH – opération payée en actions TotalEnergies –, n’aura pas d’incidence négative sur le dividende.

TotalEnergies est aussi l’une des rares sociétés françaises à payer son dividende sur une base trimestrielle, ce qui permet de fidéliser les actionnaires. Le prochain acompte fixé à 0,85 euro par action sera détaché le 31 mars 2026 pour une mise en paiement le 2 avril.

Nous recommandons aussi l’action Crédit Agricole pour son dividende attendu l’an prochain par les analystes à 1,15 euro par action, soit un rendement de 7 % au cours actuel. La banque mutualiste a récemment dévoilé un plan stratégique convaincant, ambitionnant de faire passer son résultat net à 8,5 milliards d’euros en 2028, contre 6,9 milliards en 2024. Elle s’est aussi engagée sur un taux de distribution de 50 % et versera un dividende intérimaire l’an prochain.

Dans l’univers des foncières, traditionnellement grand pourvoyeur de dividendes, nous conseillons Mercialys. Ce spécialiste des centres commerciaux a considérablement réduit sa dépendance à Casino, son ex-actionnaire de référence. Fort d’une croissance de ses revenus locatifs de 2,6 % à périmètre constant sur les neuf premiers mois de l’année et d’un taux d’occupation de 97 %, Mercialys vise un dividende minimum de 1 euro au titre de 2025, soit environ 80 % du résultat net récurrent de l’exercice. Au cours actuel, le rendement ressort à 9,4 %.

Les dividendes représentent une contribution significative de la performance des actions à long terme.

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